Interview du Professeur Balz Frei sur la vitamine C

Une interview d’un des plus grands spécialistes mondiaux sur la vitamine C par Thierry SOUCCAR (sur le site: www.lanutrition.fr)

Pour être en bonne santé, avons-nous besoin de 50 à 120 mg maximum de vitamine C par jour comme l’affirment un médecin et un pharmacien français dans un livre récent ?

Dr Balz Frei : Les travaux de Mark Levine aux Instituts nationaux de la santé (NIH) chez de jeunes femmes non fumeuses en bonne santé ont montré qu’il faut apporter au moins 400 mg de vitamine C par jour pour assurer un niveau optimal de cette vitamine dans le plasma et les cellules circulantes. Il faut noter que les études qui répondent à la question de savoir de combien de vitamine C on a idéalement besoin n’ont été conduites que chez des non fumeurs jeunes et en bonne santé. De telles études de pharmacocinétique coûtent très cher car il faut garder longtemps les volontaires à l’hôpital. On provoque chez eux des déficits en vitamine C, puis on leur donne des doses multiples pour déterminer celles qui maximisent les niveaux plasmatiques. Les personnes plus âgées, les personnes stressées, les fumeurs, etc. ont vraisemblablement besoin de plus de vitamine C pour maintenir des taux plasmatiques et cellulaires normaux. L’Institut Linus Pauling recommande de consommer au moins 400 mg de vitamine C par jour.

Conseillez-vous pour cela de prendre des suppléments de vitamine C ?

Pour être sûr de se conformer aux recommandations de l’Institut, nous recommandons à la population de consommer chaque jour des fruits et légumes et de prendre en plus deux doses séparées de 250 mg de vitamine C, l’une le matin, l’autre le soir.

Mais la vitamine C apportée par les aliments n’est-elle pas différente de la vitamine C des compléments alimentaires ?

L’acide L-ascorbique naturel et de synthèse sont chimiquement identiques, et il n’y a pas de différences connues dans leur activité biologique. Au moins deux études chez l’homme ont cherché à savoir si la biodisponibilité de la vitamine C alimentaire diffère de celle de la vitamine C de synthèse, et aucune différence clinique n’a été observée. Les fruits et légumes riches en vitamine C contiennent un grand nombre d’autres composés favorables à la santé, comme d’autres vitamines et substances phytochimiques. Les études d’observation qui associent la consommation de ces aliments à des bénéfices pour la santé ne peuvent pas isoler les seuls effets de la vitamine C.

Que dites vous à ceux qui conseillent d’éviter de prendre plus que les apports conseillés soit 110 mg de vitamine C par jour ?

Comme je l’ai dit, le corps ne fait pas la distinction entre la vitamine C d’origine alimentaire et la vitamine C apportée par les compléments alimentaires. C’est toujours de l’acide L-ascorbique. Si vous suivez les recommandations officielles en faveur de 5 fruits et légumes par jour, vous vous procurerez environ 200 mg de vitamine C. Donc si la vitamine C était dangereuse lorsqu’on en consomme plus de 100 mg par jour, il faudrait non seulement arrêter de prendre des compléments alimentaires mais aussi arrêter de manger des fruits et légumes riches en vitamine C – une recommandation absurde !

A la dose de 500 mg par jour, la vitamine C fait-elle vieillir prématurément, comme le prétendent ce médecin et ce pharmacien français ?

Non. Une étude avait assuré que les suppléments de vitamine C accélèrent l’athérosclérose dans l’artère carotide. Cette étude n’a été ni évaluée par un comité de scientifiques, ni même jamais publiée. C’était un simple résumé posté dans un congrès de mars 2000, en contradiction avec des études bien plus importantes et plus sérieuses publiées dans des journaux à comité de lecture qui montrent au contraire que plus on consomme de vitamine C, moins les parois de l’artère carotide sont épaisses. Une petite étude isolée, mal contrôlée et non évaluée par des scientifiques ne peut pas à elle seule remettre en cause les preuves de l’intérêt de la vitamine C pour les artères.

Ces mêmes auteurs français assurent que la vitamine C à dose élevée a des effets pro-oxydants. Qu’en est-il ?

Les travaux que nous avons menés, et ceux conduits par d’autres équipes n’ont pas trouvé que la vitamine C a des effets pro-oxydants. Une étude publiée dans Nature il y a quelques années suggérait que la vitamine C endommage l’ADN. Ces résultats n’ont pu être reproduits par d’autres chercheurs ; une étude très soigneusement conduite par l’un des auteurs de l’étude originale a essayé d’y parvenir, mais sans succès. Une autre étude a montré que même à la dose de 2000 mg par jour la vitamine C n’endommage pas l’ADN. On sait aujourd’hui que l’étude de Nature était sérieusement biaisée : les dommages relevés ont été vraisemblablement provoqués par la préparation des analyses et n’existaient pas dans les échantillons originaux prélevés chez les patients. Dans le même registre, il y a eu aussi en 2001 une étude publiée dans Science qui suggérait que la vitamine C réagit avec des produits de l’oxydation des graisses. De nouveau, il s’agissait d’une étude dans un tube à essai qui, si elle a révélé quelques facettes inhabituelles de la chimie de la vitamine C, ne nous dit rien de la pertinence de ces observations pour la situationin vivo. D’autant que les doses d’hydroperoxydes utilisées dans cette étude – 400 µM – excèdent largement les concentrations observées dans le corps. Nous n’en avons pas plus de 10 à 40 nM, soit 10 000 fois moins que ce qui a été utilisé dans l’expérience rapportée dans Science. En fait, je peux prédire qu’un individu qui aurait 400 µM de peroxydes lipidiques dans le sang ou les tissus mourrait instantanément avant même d’observer quoi que ce soit avec sa vitamine C ! En réalité, nous disposons d’un nombre de preuves considérables, épidémiologiques, cliniques, expérimentales, montrant que la vitamine C est bénéfique et qu’elle n’a pas d’effets indésirables.

De nombreux médecins en France déconseillent aux patients cancéreux de prendre de la vitamine C. Selon eux, les cellules cancéreuses pourraient utiliser la vitamine C pour se protéger des médicaments de chimiothérapie. Qu’en dites-vous ?

Sur la base des preuves fournies à ce jour par les études chez l’homme et les études scientifiques, la relation entre vitamine C et chimiothérapie est au contraire très prometteuse en termes d’augmentation de la survie et de la diminution des effets secondaires des médicaments, mais cela relève encore de la spéculation. Pour répondre à cette question, nous avons besoin d’études cliniques importantes et bien conçues évaluant les effets de suppléments de vitamine C ou d’antioxydants avec la chimiothérapie.

Comment expliquer que des messages sensationnalistes apparaissent régulièrement dans les médias sur les soi-disant dangers de la vitamine C ?

Ces déclarations sensationnalistes négligent de replacer des résultats isolés et marginaux dans leur contexte. Il existe une quantité réellement considérable de preuves solides montrant que la vitamine C exerce de nombreux effets favorables à la santé. Les aliments riches en vitamine C non seulement abaissent le risque de cancer, mais aussi celui de maladie cardiovasculaire, d’accident vasculaire cérébral, de cataracte et de bien d’autres maladies. En conséquence, plus vous mangerez de fruits et de légumes, mieux vous vous porterez. Si vous choisissez de prendre des suppléments de vitamine C, continuez ainsi, car les preuves scientifiques indiquent que vous vous ferez beaucoup de bien et certainement aucun mal !

Vous-même prenez-vous des suppléments ?

Je prends chaque jour un supplément minéro-vitaminique apportant les apports conseillés pour la plupart des vitamines et des minéraux. Je prends en plus 400 mg d’acide lipoïque, 1000 mg d’acétyl-L-carnitine, 500 mg de vitamine C, 2500 UI de vitamine D et 1000 mg d’huile de poisson. Je suis aussi un régime alimentaire sain, sans viande rouge, je fais de l’exercice régulièrement et je me maintiens à mon poids de forme.

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